Dans les jours à venir, BMA (Bordeaux Métropole Aménagement) est appelée à statuer sur le destin de la parcelle qui s'étale à l'arrière de Darwin, autrefois occupée par la fabrique de vinaigre Têtes noires. Aujourd'hui simple terrain vague, cet îlot qui borde la rue Hortense pourrait bien, d'ici deux ans, adopter les traits d'une vaste auberge espagnole écolo... Explications.
Ils étaient une petite dizaine au départ, et ne sont plus que cinq opérateurs toujours en lice pour sceller le destin du terrain en friche des quais de Queyries. Ou plutôt quatre acteurs majeurs de l'immobilier et... Darwin, qui s'est associé pour l'occasion au Crédit Agricole Immobilier, aux cabinets d’architectes 2PM Architecture et Nadau-Lavergne Architecture et à 180 degrés ingénierie.
Dans le prolongement géographique et idéologique du renouveau de la caserne Niel, les plans d'un bâtiment éco-responsable ont été rendus publics via Facebook ce jeudi. Un coup de com' fructueux, destiné à sonder l'accueil populaire du projet auprès d'une fanbase déjà conquise. Déluge de likes et d'encouragements amicaux : le post a remporté un franc succès digital, et pour cause ! Initié par l'équipe d'Evolution, l'entreprise conceptrice de DARWIN , le projet baptisé "Têtes noires & co" ambitionne de remettre le partage et la mutualisation des services au cœur de l'urbanisme. Une velléité qui semble aller de paire avec une tendance sociétale de fond. Boom des collocations, émergence des résidences transgénérationnelles, à l'image du projet Colibri de Pierre Rabi, l'engouement pour les modes de vie partagés est tangible, et les réponses institutionnelles peinent à se faire une place dans nos quartiers. Le modèle qui a fait la bonne fortune de l'espace de co-working darwinien pourrait donc être prochainement transposé à l'habitat.
Car c'est bien de l'habitat partagé à grande échelle dont il est question dans ce projet d'envergure métropolitaine. 51 logements qui adopteraient les contours de lofts dédiés à la colocation, ou d'appartements privatifs dispatchés dans des bâtisses proposant aux locataires d'une laverie, de chambres d'amis, d'une salle de jeu pour les petits, d'un coin cuisine et même d'ateliers de bricolage. Des services pris en charge par la Conciergerie solidaire, également associée au projet, qui œuvre déjà pour l'eco-système Darwin.
Toujours fidèles à leurs convictions, Jean-Marc Gancille et Philippe Barre n'ont pas occulté l'épineuse question écologique. Une fois de plus, nos deux compères s'engagent sur le zéro nucléaire en s'appuyant tant sur la production d'énergies vertes que sur une architecture bioclimatique. Une bonne parole verte qu'ils prêcheront via des ateliers dédiés aux bonnes pratiques sur les économies d'eau et d’énergie et l’exploitation d'un potager urbain proposés aux résidents.
Dernier voeu pieux des porteurs du projet : la mixité générationnelle et sociale. Si la première semble aisée à instaurer, la seconde, soumise aux logiques de rentabilité, est plus complexe à mettre en place. A l'inverse des logements sociaux, le futur bâtiment qui sortira de terre sur les quais de Queyries à vocation à être "en accès libre"... Pari difficile à relever, mais pas impossible, selon Jean-Marc Gancille.
Quoi qu'il en soit, Darwin et ses partenaires seront fixés sur leur sort dans quelques jours. Si leur projet était retenu, ces habitats partagés pourraient voir le jour à l'horizon 2018.