Nous voilà presque une semaine après l’incendie survenu à l’usine Lubrizol de Rouen. Produits chimiques dans l’atmosphère ? Air irrespirable ? Dangers pour la santé ? Les inquiétudes demeurent, et nous avons recueilli le témoignage de ceux qui, dans le doute, ont préféré fuir Rouen.
Jeudi 26 septembre, le feu survenu à l’usine Lubrizol entrainait la destruction de 5 250 tonnes de produits chimiques. D'un côté le gouvernement assure que les substances libérées par l’incident ne sont pas toxiques pour la santé, de l'autre, les habitants, qui n’y croient pas, postent des photos, et attestent être victimes de malaises...
Tiens tiens tiens, l'usine en flammes à #Rouen stocke des éléments radioactifs... pic.twitter.com/LZqCinMyj3
— henry (@Willy_Nourson) September 26, 2019
Inquiets à tort ou à raison, face à cette situation, certains ont préféré fuir la ville pour se protéger.
Sarah, étudiante à l’université de Rouen, nous a envoyé son témoignage : « Mon copain et moi avons fui Rouen jeudi dernier jusqu'à lundi matin, nous sommes allés dans la région de pays de Bray près de Gournay-en-Bray, nous étions plus rassurés d'être loin de tout ça. Lundi matin nous sommes revenus à Rouen car nous sommes tous les deux étudiants à l'université. Nous habitions à presque 1 km de l'usine qui a brûlé, hier nous avons commencé à ressentir quelques gênes dans la gorge, mon copain des maux de tête, nous avons même mis nos masques à l'intérieur de l'appartement tout en gardant les fenêtres fermées. »
Entre les déclarations rassurantes du gouvernement quant au danger sanitaire, et une communication d’un autre siècle, Sarah a fait son choix :
« Nous avons finalement décidé de retourner à la campagne pour notre bien, quitte à louper les cours. (…) Nous sommes perdus face à toutes les informations qui parviennent. On ne sait plus qui croire, on doute de toutes les informations qui nous sont données, on a parfois l'impression d'en faire trop, d'avoir trop peur mais en même temps, on ne préfère pas prendre de risque. (…) Je ne sais pas si cela pourrait nous impacter à long terme mais cela dit, je pense que cette odeur n'est saine pour personne… »
Enzo n'a pas assimilé l'ampleur de l'incendie, et s'est naturellement rendu à l'université vendredi matin : « j’habite à 25 kilomètres de Rouen, en regardant mes mails le vendredi matin j’ai vu que le campus universitaire de Mont Saint Aignan était ouvert et que les cours seraient assurés comme d’habitude. Je me suis donc déplacé pour au final apprendre que les cours étaient banalisés. Je me suis dit que j’allais passer ma journée à la B.U afin d’avancer dans mes cours (pas très réfléchi de ma part, mais sur le moment je ne voulais pas avoir fait l’aller-retour pour rien). Le matin, je me sentais assez nauséeux, mal de crâne, gorge serrée et plusieurs de mes camarades on ressenti les même symptômes. J'ai continué ma journée de révision jusqu'à 17h environ, pour me rendre à mon entraînement de basket. Une fois là-bas j’ai ressenti une grosse gêne respiratoire, mes poumons me « brûlaient », ma gorge était sèche et irritée, ça m’a carrément poussé à arrêter l’entraînement (ce qui m’arrive jamais). Depuis ce jour, je n'ose plus me rentre à la fac.»
Angélique quant à elle, est partie se réfugier chez sa mère « dès jeudi soir, lorsque les odeurs ont commencé à envahir notre appartement. Nous sommes ensuite allés 2 jours à Saint-Malo avec mon copain afin de prendre un bon bol d'air… Mais depuis hier soir nous sommes rentrés. Nous avons senti des odeurs par endroits sur la route, puis vers 23h dans notre appartement à nouveau. On a tenté comme on a pu de renforcer l'isolation (avec du cellophane), et sur nos aérations nous avons mis des serviettes… »
Pour Jeremy aussi, le départ de Rouen s’est fait quelques heures après l’incendie : « avec mon amie, on a fui le soir même pour se réfugier chez sa mère car sa gorge et mes yeux brûlaient. Sur la route, il y avait de la suie sur plein de panneaux et ce pendant pas mal de kilomètres. Nous sommes revenus lundi soir, et depuis, j'ai régulièrement les yeux qui piquent, ainsi que des saignements de nez, ce qui ne m'arrive que rarement dans ma vie, à part quand je m’esquinte vraiment. »
Depuis une semaine, des centaines de témoignages du genre se diffusent sur Facebook, Twitter, Instagram, poussant peut-être l’angoisse générale à son paroxysme. Les Rouennais, descendus dans les rues mardi pour manifester, continuent en tout cas, de « réclamer la vérité ».