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Typologie du client seul au restaurant

Publié le 19 mars 2019 à 14h15

Modifié le 27 août 2020 à 10h20

par Olivia

Angoisse ultime pour certains, véritable plaisir pour d’autres, manger seul au restaurant n’est pour la plupart des gens pas une mince affaire. Autrefois mal perçue, cette pratique commence à se démocratiser avec de plus en plus de gastronomes qui prennent le temps d’être en tête-à-tête avec leur plat. Cette évolution est-elle tangible ? Quant aux clients individuels, sont-ils traités différemment ? La "table de un" est-elle quelque chose à part ? Le Bonbon a creusé. 


Alors que l’on assimile le repas à un moment de partage et de convivialité - "Prendre ses repas seul tend à rendre un homme froid et dur", disait même l’écrivain allemand Walter Benjamin -, aller seul au restaurant semble pourtant devenir une pratique de plus en plus commune. Pendant inévitable de notre société individualiste ou véritable plaisir ? La frontière est ténue, mais une chose est certaine, c’est désormais à la mode.

En 2013, le restaurant éphémère Eenmaal à Amsterdam entamait la marche en étant le premier resto à créer cette fameuse "table de un". En 2015, la plateforme américaine de réservation OpenTable révélait que les réservations dans les restaurants par des personnes seules avaient augmenté de 62% en deux ans. Et début novembre le même site révélait que les réservations de tables pour une personne avaient augmenté de 85 % au Canada. Mais qui est ce client seul ? L'homme d'affaire pressé, la personne ayant besoin d'un peu de compagnie ou alors le gastronome en quête d'un déjeuner en paix ? 

Adepte des voyages en solitaire, Grégoire, avocat de 28 ans, confie adorer aller au restaurant seul à l’étranger. « Seul, tu prends le temps de déguster, tu profites de toi et toi-même. J’ai même été jusqu’à aller dans un restaurant gastronomique, accompagné d’un livre ou d’un carnet, et souvent je bois de l’alcool pour me mettre dans l'ambiance. » Lors de ses voyages, il s'agit d'une véritable expérience, mais à Paris cela ne lui viendrait jamais à l'esprit pour une « question de confort ».

Plus radicale, Sarah, journaliste de 28 ans, « préfère ne pas manger que de manger seule. J’adore manger. Chez moi, je me fais des kifs culinaires toute seule, j'aime le fait de pouvoir manger sans être formaté par les codes sociaux, je peux manger avec les doigts si j’ai envie ». Mais sa phobie de manger seule l'emporte sur sa gourmandise. « Quand je suis confrontée à ce dilemme, je préfère ne pas manger, quitte à manger des gâteaux et voilà. Pour moi c’est une activité de groupe, tu apprécies le plat comme tu apprécies le moment. Un bon plat n’aura pas la même saveur que si tu le manges seul. Et puis il y a aussi le regard des autres. » 

D'autres y voient au contraire un véritable réconfort. Louis Dupont, kinésithérapeute, la soixantaine environ, confie que « cela fait 30 ans que je vais seul au restaurant, que ce soit à l'heure du déjeuner ou pour manger une soupe à l'oignon un soir, parce que j'en rêve à ce moment-là, c'est mon hamam à moi ». Question d'âge, de statut social, de personnalité ? Difficile d'établir un profil unique du client solo. Du côté des restaurateurs également, le point de vue quant à cette évolution diffère.  

Selon Livy, 28 ans, manager d’une trattoria italienne en région parisienne, les clients seuls à midi sont extrêmement rares, et si certains se présentent parfois, le resto dit afficher complet pour conserver les tables de deux restantes. En revanche, de nombreux habitués viennent seuls le soir « pour l’ambiance, pour manger une pizza ou des pâtes sur le pouce », explique-t-elle. « A ce moment-là, on traite le client en fonction de ses habitudes – certains viennent s’accouder au bar, nous tutoient, d’autres ont leurs places attitrées. »

Plus qu'un simple habitué qui recherche une certaine ambiance, l'évolution du client seul au restaurant se constate surtout dans les restaurants où l'offre culinaire est un peu plus recherchée. Manger seul ne serait donc plus l'apanage du travailleur expéditif, mais tendrait plutôt vers des gastronomes passionnés voulant tout simplement prendre le temps de déguster en paix. 

Yohann Gerbout, chef au néobistrot Roca dans le 17e, confie avoir remarqué une évolution dans la typologie des clients venant dans son restaurant. « Avant, la plupart des clients seuls étaient des hommes d’affaires qui venaient vite fait grignoter le soir, maintenant ça peut être des personnes célibataires qui veulent bien manger. Avant les personnes avaient peur de venir seules, c'était presque mal vu, maintenant ça c’est démocratisé, les gens qui viennent seuls sont contents et se fichent un peu plus du regard des autres. » Le client seul est loin d'être devenu la majorité – le chef Gerbout explique en voir deux à trois environ par semaine dans son restaurant –, mais la différence réside dans la recherche qu'il a désormais de satisfaire son palais et non simplement de se remplir le ventre.


Le réel gastronome en quête d’une expérience gustative unique - et surtout seul - existe

Cette recherche du plaisir gustatif seul se constate jusque dans les restaurants étoilés. Gaëtan Molette, directeur de salle de l’Orangerie, restaurant une étoile du Palace Georges V, a constaté cette part plus importante de clients seuls mais leur typologie est bien précise, nous explique-t-il. « Nous accueillons de plus en plus de clients individuels qui viennent pour découvrir le restaurant en amont, soit parce qu’ils sont en affaires dans la ville et veulent se faire un bon resto, ou aussi parce qu’ils font partie de la profession et sont curieux. »

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Alors que dans les restos de quartier, le service est le même, (les restaurateurs interrogés sont catégoriques, le traitement ne diffère pas), il en est tout autre d’un restaurant gastronomique où l’équipe porte une attention toute particulière à la personne seule. « Dès son arrivée, nous lui offrons un maximum d’accessibilité pour lui faire sentir qu’on est encore plus là pour elle. On propose un journal, un repose sac, on lui demande ce qu’elle fait à Paris, pourquoi elle a choisi de venir chez nous, puis nous sommes plus alertes, plus attentifs à son regard muet, à sa gestuelle », explique Gaëtan Molette. 

Que ce soit pour avoir un traitement privilégié dans un resto gastro ou pour passer un moment chaleureux dans un endroit moins huppé, le client seul n'a plus peur de sortir de sa tannière. Plus qu'un pendant négatif de notre société individualiste, il y aurait au cœur de cette évolution une véritable recherche du goût. Comme quoi nous n'avons jamais autant aimé bien mangé. A quand votre prochain (ou premier) resto solo ? 

 

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Top 10 des gens insupportables devant une série

Publié aujourd'hui à 14h30

Modifié aujourd'hui à 14h52

par Flora Gendrault

1. Celui ou celle qui regarde toujours la même série 

Tu ne l'as jamais connu un minimum curieux. Ce·tte pote te crache au visage lorsque tu lui conseilles Adolescence, dernier carton Netflix, Severance, la création originale la plus visionnée d'Apple TV+, The White Lotus, satire sociale devenue instantanément culte : son kiff, c'est de regarder encore et encore la même série, réviser les dialogues qu'il ne connaît pas et réciter avec orgueil ceux qu'il maîtrise. Du coup, tu n'oses plus lui parler d'actualité, et tu espères qu'un jour, cette bonne vieille nostalgie lui passera.  


2. Celui ou celle qui n'a pas de personnalité  

Ce·tte pote a construit son esprit rebelle devant Sense 8 et Skins, s'habille comme Abby dans NCIS, sait reconnaître tous les redflags des hommes grâce à Gossip Girl (au secours), veut bosser dans un hôpital avec des doc' sexy depuis Grey's Anatomy, ne veut plus avoir d'enfants après avoir bouffé du Malcolm matin, midi et soir... Après tout, pas besoin de voir un psy quand on peut regarder une bonne série : tout ce qu'il y a à savoir de la vie, ce sont elles qui nous l'ont appris. À celui ou celle qui change de personnalité comme de chaussettes, tu évites de recommander Dahmer, juste par précaution. 


3. Celui ou celle qui ne termine jamais sa série 

Option 1 : ce·tte pote est tellement attaché·e à sa série que regarder le dernier épisode, c'est lui dire définitivement adieu (sauf si c'est précisément celui ou celle qui va la recommencer demain. Voir point 1.) Raison acceptée. Option 2 : il en regarde trop à la fois, s'éparpille, puis oublie avoir un jour commencé le programme que tu lui conseilles depuis des mois. Ce·tte pote a souvent peur de l'engagement dans ses relations. Et est particulièrement agaçant. Raison refusée.


4. Celui ou celle qui ne supporte pas d’être spoilé·e

On comprend totalement les personnes qui n'ont pas envie de savoir pourquoi The Red Wedding de Game of Thrones (s3ep9) est l'un des épisodes les plus mythiques de séries, tous genres confondus. Connaître à l'avance telle mort, tel dénouement ou tel couple peut totalement enlever le plaisir du visionnage, on vous l'accordera. Mais à celui ou celle à qui l'on ne peut ni pitcher, ni aborder, ni même mentionner la série de peur de spoiler le nom des personnages ou l'intrigue générale, on envoie cet article pour qu'iel réalise son absurdité. Oui, on dénonce. 


5. Celui ou celle qui est toujours sur son téléphone 

Tu détestes regarder quoi que ce soit avec le geek de service, et c'est bien normal. Tu te lances dans une série que tu attends depuis longtemps, tu te fais une joie de partager ton excitation avec quelqu'un, mais lui, il est sur son téléphone. Tu fronces les sourcils et soupire bruyamment. Il fait la moue et le pose. Mais déjà, tu le sens ailleurs. Tu essaies de te concentrer, tout en jetant des coups d'œil discrets pour voir s'il suit. Spoiler : lui aussi a les yeux sur le côté pour checker ses notifs' (spoiler : personne ne le calcule). Verdict : tu termines l'épisode saoulé, et lui sans avoir rien écouté. Quel fléau. 


6. Celui ou celle qui ne t’attend pas 

Trahison, disgrâce. Ce·tte pote (si on peut encore l'appeler ainsi) est tout bonnement indigne de confiance. Vous vous étiez promis - par le biais d'un pinky swear, carrément ! - de regarder ensemble LA nouvelle série du moment lors d'une soirée qui s'annonçait idyllique. Dans ta tête, chaque détail était planifié : petit repas en tête à tête, bonbons à gogo, plaid tout doux, Netflix, y'a plus qu'à. Malheureusement, cette soirée n'existera jamais, puisqu'iel t'annoncera, honteux·se, avoir cédé à la tentation pour regarder le pilot. Des amitiés se sont brisées pour moins que ça. 

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7. Celui ou celle qui n’arrive pas à se décider 

Vous êtes en soirées pyjamas, et l'un·e de tes ami·es propose de lancer un truc sur Netflix. En bon sériphile, tu as une réputation à tenir, évidemment, tu acceptes. Et là, cette personne se met à scroller. Encore et encore. Clique sur chaque programme, mais aucun n'est assez bien. "Mh, ce genre-là, très peu pour moi", "J'aime pas cette actrice", "Non mais ça, c'est démodé en 2025", "C'est trop long, on va s'endormir". Une heure plus tard, vous êtes encore figé·es sur le catalogue de la plateforme, et effectivement, tout le monde s'est endormi, sauf toi, au bord de la crise de nerf


8. Celui ou celle qui ne comprend jamais rien  

Tu ne l'invites plus aux soirées visionnage, parce que tu sais que tu vas t'en occuper tout l'épisode. "On la connaît, elle ?", "Attend, remets en arrière, j'ai pas écouté hihi", "Mais il était pas mort ???". Et patiemment, tu réponds, tu vulgarises, tu es même prêt·e à lui faire un schéma sur le mur pour qu'il capte les subtilités du scénario. Pourtant, ce·tte même pote finira par te dire "Bon, je re-regarderai chez moi demain, quand je serai plus concentré·e". Tant d'efforts, si peu fructueux. Rageant. 

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9. Celui ou celle qui se la joue visionnaire, en vain 

C'est ce·tte pote qui se la pète, il en faut bien un·e. Avec, tu ne regardes que des comédies, des sitcoms, ou à la limite du fantastique, parce que dès qu'on part sur du policier/judiciaire/politique, il pète tout bonnement un câble. Son objectif : découvrir le pot aux roses, à tout prix, et même si cela doit te coûter tout confort. Il parle à tout va, sans pour autant s'adresser à toi, juste pour lâcher des interrogations dans l'air, et te montrer qu'il sent quelque chose de louche. Quand le tueur est révélé, pfff, il l'avait déjà déviné. Quand il ne l'avait pas deviné, pfff, ça n'a pas de sens. Quand ça n'a pas de sens, pfff, c'est une série de m****. Du coup, il déteste toutes les séries, parce qu'il n'est vraiment pas Akinator. 

10. Celui ou celle qui a déjà tout vu 

Tu te demandes si ce·tte pote bosse vraiment, ou si iel n'engage pas quelqu'un à plein temps pour assurer ses taches quotidiennes, de manière à pouvoir bingewatcher tout ce qui sort. Rien ne lui échappe. Souvent, cette personne est abonnée à Netflix, Prime Video, Disney +, Canal +, Apple TV+, Paramount, Mobi, et j'en passe. Elle t'intimide un peu, surtout si tu t'identifies au point 1 et que ta culture série se limite aux grands classiques, mais elle sait toujours te conseiller des bangers, donc tu remballes ton ego, tu dis merci, et tu te poses devant ton ordi. 

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