Poubelles incendiées, établissements fermés, cours à distance, intervention des forces de l’ordre et désormais étudiants dans le cortège : en quelques jours, la contestation partie des lycées a pris une sacrée ampleur à Lille. Et malgré les premiers gestes du gouvernement, le mouvement doit se poursuivre ce mardi 6 octobre.
À Lille, le mouvement lycéen a gagné les étudiants
Depuis la fin septembre, plusieurs établissements lillois sont au cœur de la mobilisation, notamment les lycées César-Baggio et Faidherbe. Jeudi 1er octobre, le mouvement a franchi un nouveau cap lorsque des étudiants de l’Université de Lille ont rejoint les lycéens. Le campus Moulins, où se trouve notamment la faculté de droit, a été bloqué. L’établissement a ensuite fermé ses portes et basculé autant que possible les enseignements à distance les 2 et 3 octobre. À l’échelle nationale, une trentaine d’universités avaient rejoint la contestation le 1er octobre. Et ce lundi 5 octobre, le ministre de l’Enseignement supérieur évoquait encore 30 à 40 sites universitaires bloqués ou fermés en France. Il précisait toutefois que les violences dans les universités restaient « très marginales ». À Lille, la mobilisation étudiante reste donc très liée à celle des lycéens.
Classes surchargées, bâtiments vétustes, Parcoursup : que réclament-ils ?
Derrière les blocages, les revendications sont nombreuses. Les lycéens dénoncent notamment le manque de professeurs, les absences non remplacées, les classes trop chargées, des emplois du temps jugés intenables, l’état de certains bâtiments et la pression liée à Parcoursup. Plusieurs organisations demandent également davantage de moyens pour l’Éducation nationale. À Lille, les témoignages recueillis ces derniers jours rendent le malaise très concret. À Faidherbe, des élèves ont évoqué des locaux dégradés, des problèmes dans l’internat et même certains cours de langue réunissant jusqu’à 60 élèves. Du côté des étudiants en droit, les critiques se déplacent aussi vers les conditions de vie sur le campus : chaises cassées dans les amphithéâtres, manque de tables, longues files d’attente au Crous ou encore présence signalée de cafards dans certaines salles. Autrement dit, derrière les slogans, il y a une liste de petites et grosses galères qui commence à devenir assez longue.
Des mobilisations marquées par plusieurs dégradations à Lille
Mais depuis plusieurs jours, les revendications sont aussi rattrapées par les images de violences et de dégradations. Devant César-Baggio, des poubelles et des vélos ont notamment été incendiés lors des premiers blocages. Un enseignant a également été agressé devant l’établissement le 29 septembre ; il a déposé plainte et le rectorat lui a accordé la protection fonctionnelle. Jeudi 1er octobre, la préfecture du Nord faisait état de 112 interpellations dans le département et de 32 interventions des sapeurs-pompiers, notamment pour des incendies sur la voie publique. Elle évoquait alors une journée marquée par « des dégradations importantes dans certaines communes ». Et la tension n’est pas complètement retombée.
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Ce lundi 5 octobre, des incidents ont encore été signalés dans le secteur de Faidherbe et Gaston-Berger. Un abribus a notamment été dégradé et des déchets ont été incendiés avant une nouvelle intervention des forces de l’ordre. Un point important : ces dégradations se déroulent en marge du mouvement et ne peuvent pas être attribuées indistinctement à l’ensemble des lycéens ou étudiants mobilisés. Les organisations lycéennes elles-mêmes ont condamné les violences et pris leurs distances avec les groupes venus essentiellement pour affronter les forces de l’ordre.
Fermetures, distanciel et interdictions autour des établissements
Face aux débordements, les autorités ont progressivement durci le dispositif. La semaine dernière, plusieurs établissements ont fermé et basculé en enseignement à distance. Dans le Nord, la préfecture a également pris des arrêtés interdisant les rassemblements dans un rayon de 100 mètres autour de certains établissements concernés par les incidents, afin d’éviter de nouvelles dégradations. César-Baggio avait par exemple maintenu ses portes fermées les vendredi 2 et samedi 3 octobre, avec des cours assurés à distance via Pronote. Au niveau national, le mouvement semble légèrement refluer en nombre d’établissements : ce lundi 5 octobre, 413 lycées étaient encore concernés par des actions ou perturbations, contre 564 vendredi à la même heure, selon le ministère de l’Éducation nationale. À Lille, en revanche, les tensions observées encore lundi matin montrent qu’on n’en est clairement pas encore à l’épilogue.
Le gouvernement commence à apporter des réponses
Après plusieurs jours très axés sur le maintien de l’ordre, le gouvernement tente désormais d’ouvrir une deuxième porte : celle du dialogue. Vendredi, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a rencontré syndicats, représentants lycéens et fédérations de parents. Il a notamment reconnu que les lycéens étaient trop souvent « consultés, pas toujours entendus » et annoncé une plateforme de concertation ainsi qu’un plan sur le remplacement des enseignants absents. Dimanche soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu est allé un peu plus loin en annonçant cinq chantiers. Parmi eux : traitement prioritaire des absences longues et postes non pourvus, travail avec les régions sur les bâtiments scolaires, réflexion sur les emplois du temps, propositions d’amélioration de Parcoursup avant fin octobre et nouvelles modalités pour mieux prendre en compte la parole des lycéens. Le gouvernement a également promis de premiers arbitrages rapidement, tout en maintenant une ligne ferme sur les dégradations. Pas franchement de quoi refermer le dossier en quarante-huit heures.
Une nouvelle manifestation prévue ce mardi à Lille
Car du côté des organisations mobilisées, ces premières annonces sont jugées insuffisantes. Une nouvelle journée nationale de mobilisation est donc prévue ce mardi 6 octobre, avec lycéens, étudiants et personnels de l’Éducation nationale. À Lille, plusieurs organisations locales (FSU, CGT Éduc’action, Solidaires, FCPE et Ligue des droits de l’Homme) appellent à se retrouver à 12h place Déliot, juste à côté du campus Moulins. Des préavis de grève ont également été déposés. La CGT a annoncé qu’elle rejoindrait également les manifestations au niveau national, tandis que les organisations lycéennes entendent poursuivre la pression faute, selon elles, de réponses suffisamment concrètes. À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucun itinéraire précis du cortège lillois n’a encore été officiellement communiqué.
Et maintenant ?
Ce mardi pourrait donc être assez décisif pour savoir si la mobilisation commence réellement à retomber ou si elle entre dans une nouvelle phase. D’un côté, le nombre de lycées perturbés baisse et le gouvernement vient d’ouvrir plusieurs chantiers. De l’autre, syndicats, parents, lycéens et étudiants convergent désormais davantage et réclament des mesures concrètes dès cette année. À Lille, le rendez-vous de midi sera particulièrement observé après une semaine déjà très mouvementée.
