Quand on parle de proximité européenne, Lille aime rappeler qu’elle est à une demi-heure de Bruxelles. Sur le papier, oui. Dans la réalité, un peu moins depuis ce début d’année. Depuis janvier 2026, le dernier train direct au départ de Bruxelles-Midi pour Lille-Europe part à 18h pile. Après ? Rideau.
Une liaison transfrontalière brutalement raccourcie
Concrètement, cela signifie qu’il n’existe plus aucun train direct Bruxelles → Lille en soirée. Le dernier départ, auparavant fixé à 18h17, a été avancé de 17 minutes. Un détail en apparence, mais un vrai casse-tête pour les centaines de travailleurs et étudiants qui font quotidiennement l’aller-retour entre les deux villes.
En 2015, ils étaient encore quatre trains directs à assurer la liaison après 18h. Depuis, l’offre n’a cessé de se réduire. Décembre 2022 avait déjà marqué la suppression de deux TGV en heure de pointe. Janvier 2026 enfonce le clou.
Navetteurs sous pression et stress quotidien
Pour les usagers, la conséquence est immédiate : partir plus tôt du bureau, écourter des réunions, courir contre la montre… ou prendre le risque de rater son train et de se retrouver coincé côté belge.
L’Association des Navetteurs Lille–Bruxelles (ANLB), qui regroupe près de 300 personnes, parle d’un stress quotidien et d’une situation devenue « humainement difficile et professionnellement pénalisante ».
Certains témoignent devoir quitter leur travail avant 17h30, d’autres vivent avec l’angoisse permanente de la correspondance ratée. À 30 minutes de distance, l’absurdité de la situation saute aux yeux.
Pourquoi cette suppression ?
En coulisses, la raison est aussi simple que frustrante : le créneau horaire du train Lille–Bruxelles a été attribué à un Eurostar Amsterdam-Londres par Infrabel, le gestionnaire du réseau ferroviaire belge. Une décision stratégique à l’échelle européenne, mais lourde de conséquences pour les mobilités locales. En conclusion : une liaison internationale du quotidien est sacrifiée au profit d’un axe longue distance.
Xavier Bertrand monte au créneau
Face à la grogne, le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, est sorti du silence. Le 21 janvier, il a rendu publique une lettre adressée à Jean Castex, PDG de la SNCF, dénonçant une décision « incompréhensible » et appelant à un dialogue sans délai avec la SNCF et la SNCB.
Selon lui, affaiblir cette liaison revient à fragiliser durablement la vie professionnelle transfrontalière et l’attractivité du territoire lillois. Un argument difficile à contester quand on se veut capitale européenne du Nord.
Et maintenant ?
Pour l’instant, aucune annonce officielle de retour à la normale. Les trains Lille → Bruxelles restent, eux, inchangés, avec un dernier départ depuis Lille-Europe à 22h09. Mais dans l’autre sens, le message est clair : ne traînez pas trop après le boulot. À 30 minutes de distance, Bruxelles n’a jamais semblé aussi loin.
