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Dans les Hauts-de-France, les commerces se développent davantage en périphérie qu'en centre-ville

undefined undefined 24 septembre 2026 undefined 17h00

Valentine Ballot

Entre les boutiques qui ferment définitivement, les cellules commerciales qui restent vides et les nouvelles enseignes qui s'installent en périphérie, le visage de nos villes semble doucement changer. Et ce n'est pas qu'une impression. Une étude de l'Insee consacrée aux Hauts-de-France révèle que l'activité commerciale se développe plus rapidement à l'extérieur des centres-villes. Un phénomène qui concerne toute la région et qui pose une question : nos habitudes de consommation sont-elles en train de redessiner durablement nos villes ?

Plus de 170 000 personnes travaillent dans les pôles commerciaux des Hauts-de-France

Pour mesurer cette évolution, l'Insee s'est intéressé aux 568 pôles commerciaux présents dans les Hauts-de-France. En 2022, ces espaces concentraient 172 700 emplois, dont une majorité dans les zones commerciales situées en périphérie des centres urbains. Entre 2016 et 2022, l'emploi a progressé de 6,1 % dans l'ensemble des pôles commerciaux de la région, mais cette hausse a été plus importante en périphérie qu'en centre-ville. Une tendance qui confirme l'importance prise par les grandes zones commerciales, où se concentrent désormais une partie des emplois et de l'activité économique.

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Pourquoi les commerces privilégient-ils la périphérie ?

La réponse tient notamment à une question de place. Les zones commerciales périphériques disposent généralement de surfaces plus importantes, particulièrement adaptées aux enseignes spécialisées dans l'équipement de la maison, le bricolage ou l'automobile. L'étude de l'Insee montre d'ailleurs que ces secteurs participent largement au développement de l'emploi commercial en périphérie, aux côtés de la restauration et des débits de boissons. Pour les consommateurs, ces espaces permettent souvent de regrouper plusieurs achats au même endroit, avec de grandes enseignes réunies dans une seule zone. Le genre d'endroit où l'on vient initialement acheter une lampe et d'où l'on repart avec une table basse, trois plantes et une envie soudaine de refaire entièrement son salon.

En centre-ville, les boutiques de vêtements perdent du terrain

À l'inverse, certains secteurs traditionnellement associés aux centres-villes rencontrent davantage de difficultés. Entre 2016 et 2022, l'Insee observe notamment d'importantes pertes d'emplois dans les commerces d'équipement de la personne et les agences bancaires situés dans les pôles de centre-ville. La restauration et les débits de boissons contribuent néanmoins à maintenir leur activité. Grâce à ces secteurs, l'emploi commercial des centres-villes des Hauts-de-France a même progressé davantage que dans l'ensemble de la France de province. Autrement dit, les centres-villes ne disparaissent pas. Leur offre commerciale se transforme progressivement, avec des secteurs qui reculent tandis que d'autres continuent de se développer.

Les locaux commerciaux vides se multiplient en France

Cette transformation intervient dans un contexte national déjà compliqué pour le commerce de centre-ville. Selon les chiffres présentés par la Direction générale des Entreprises en 2025, 14 % des locaux situés dans les rues commerçantes françaises étaient vacants en 2024, contre seulement 6 % en 2010. Loyers élevés, difficultés d'accès, évolution des habitudes d'achat ou encore concurrence du commerce en ligne : les commerçants doivent composer avec de nombreuses contraintes. Et si les fermetures d'enseignes historiques attirent particulièrement l'attention, les nouvelles implantations ne se font pas nécessairement dans les mêmes quartiers ni dans les mêmes secteurs d'activité.

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Et à Lille, les centres-villes cherchent à se réinventer

La métropole lilloise illustre elle aussi ces transformations, même si les données régionales de l'Insee ne permettent pas d'affirmer que ses commerces se déplacent tous vers la périphérie. À Lille, la municipalité mise notamment sur la piétonnisation du centre-ville pour encourager la fréquentation des rues commerçantes. Depuis le 12 janvier 2026, la Grand'Place est devenue piétonne de manière permanente, rejoignant plusieurs autres rues du centre déjà réservées aux piétons. Un large périmètre est également piétonnisé chaque samedi, de 11h à 19h. L'objectif affiché est de favoriser la promenade et l'accès aux commerces, dans un contexte où les centres-villes doivent trouver de nouvelles façons d'attirer les visiteurs.

Faut-il s'inquiéter pour nos centres-villes ?

Pas question, pour autant, d'annoncer la disparition des commerces de proximité. L'étude de l'Insee montre surtout que les centres-villes et les périphéries connaissent des évolutions différentes. Les premiers conservent une offre commerciale diversifiée, tandis que les secondes accueillent davantage d'activités nécessitant de grandes surfaces. Et cette progression de la périphérie ne signifie pas automatiquement qu'elle est responsable des difficultés des centres-villes. Une précédente étude nationale de l'Insee précisait d'ailleurs qu'aucun lien direct ne pouvait être établi entre le recul commercial de certains centres et la vitalité des pôles périphériques. Reste une interrogation pour les prochaines années : à quoi ressembleront nos rues commerçantes si les grandes enseignes continuent de privilégier les zones situées à l'extérieur des villes ? Entre les nouvelles habitudes de consommation et l'attachement aux commerces de quartier, nos centres-villes vont devoir trouver leur équilibre.