La question du nom de la rue Bugeaud revient en force et ravive un débat mémoriel profondément ancré dans l’histoire lyonnaise. Située dans le 6ᵉ arrondissement, cette artère porte le nom du maréchal Thomas Robert Bugeaud, gouverneur de l’Algérie au XIXᵉ siècle, tristement célèbre pour la brutalité de sa répression coloniale. Longtemps cantonné aux cercles militants et associatifs, le sujet s’invite aujourd’hui au cœur du débat public, porté par une actualité politique et symbolique brûlante. Depuis plusieurs années, l’Union Algérienne mène un combat de fond pour que cette rue soit débaptisée. Et cette fois, le vent semble tourner.
Un avis favorable qui change la donne politique
Le Comité Histoire et Mémoires dans la Ville vient de donner un signal fort en validant le principe d’un changement de nom. Dans un communiqué publié ce week-end, l’Union Algérienne s’est réjouie de cet avis favorable, qu’elle considère comme une reconnaissance officielle du caractère « fondé, sérieux et légitime » de sa mobilisation.
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Le CHMV, instance consultative mise en place par la municipalité écologiste, a estimé que le passé colonial de Bugeaud, marqué notamment par les fameuses « enfumades » et la répression sanglante d’Abdelkader, ne correspond plus aux valeurs portées par la Ville de Lyon. Un tournant symbolique, mais aussi politique, dans un dossier longtemps bloqué.
Colonialisme, mémoire et bataille judiciaire
Pour l’Union Algérienne, le colonialisme, sous toutes ses formes, relève de crimes contre l’humanité. Une position assumée, déjà portée devant la justice. L’organisation avait d'ailleurs déposé plainte contre Grégory Doucet pour apologie de crimes contre l’humanité, après son refus initial de débaptiser la rue. Même si la situation a évolué depuis, cette action judiciaire illustre la détermination du collectif à faire bouger les lignes.
L’Union Algérienne revendique aussi une meilleure représentation des Lyonnais franco-algériens dans l’espace public. Selon l’association, ces habitants participent pleinement au dynamisme, à l’économie et au rayonnement culturel de la métropole. Dans ce contexte, voir une rue porter le nom d’un acteur majeur de la répression coloniale apparaît comme une contradiction flagrante avec les valeurs affichées de « dignité, fraternité et respect ». Pour les militants, renommer cette rue serait donc un geste fort, capable de renforcer le vivre-ensemble et d’envoyer un message clair aux générations futures.
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Quels noms pour remplacer Bugeaud ?
L’Union Algérienne avance plusieurs propositions, jugées plus en phase avec l’histoire humaniste de Lyon. Parmi elles figurent le général Jacques Paris de Bollardière, connu pour son refus de la torture durant la guerre d’Algérie, Camille Blanc, maire d’Évian lors des accords de 1962, ou encore Abdelhamid Kermali et Hocine Aït Ahmed, figures majeures du combat politique algérien. Autant de noms qui, selon l’association, permettraient de transformer une page douloureuse en un message d’apaisement et de transmission.
L’associationa estime que l’avis du CHMV a une portée juridique contraignante pour la Ville. Autrement dit, quel que soit le résultat des prochaines élections municipales, la municipalité devra trancher. Si Jean-Michel Aulas venait à être élu maire, ou si Grégory Doucet était reconduit, le dossier resterait sur la table. Et en cas d’inaction, la justice pourrait de nouveau être saisie. Une pression claire, assumée, et désormais officielle.
