10. L’épreuve du feu de Aurélien Peyre
Sorti au beau milieu de l'été, ce premier long métrage d’une maturité impressionnante capte l’adolescence avec une justesse rare. Sans effets inutiles, Aurélien Peyre filme le passage à l’âge adulte comme une zone de friction permanente, où se croisent masculinité vacillante, troubles des premières fois amoureuses et fractures de classe, à travers l’été tumultueux d’Hugo et Queen, pris entre désir, regard des autres et émancipation. Une vraie révélation, qu'on ne manquera pas de retrouver aux prochains César (on l'espère !).

9. Dossier 137 de Dominik Moll
Trois ans après son chef-d’œuvre La Nuit du 12, couronné du César du Meilleur Film, Dominik Moll revient avec un thriller glaçant sur les violences policières commises durant les manifestations des Gilets jaunes. Dossier 137 ausculte ainsi l’IGPN et démonte méthodiquement les mécanismes de l’impunité policière, sans jamais verser dans le manichéisme ni sacrifier la tension dramatique. En creux, le film interroge une société française profondément fracturée dans son rapport à la police et aux institutions. Et ne comptez pas sur nous pour dire du mal de Léa Drucker, encore une fois remarquanble, tout en justesse et en retenue.

8. Arco de Ugo Bienvenu
OVNI total de l’année, Arco s’impose comme l’un des premiers films les plus audacieux et inspirants du cinéma français récent. À la croisée de l’animation, de la science-fiction et de la fable existentielle, Ugo Bienvenu y façonne un univers visuel fragile et sensible, accessible à tous. On est bluffés par la magie qui se dégage du film ainsi que par des personnages secondaires, incroyablement attachants, qui enrichissent ce voyage hors du temps à mi chemin en la SF de Spielberg et le cinéma de Miyazaki.

7. Black Dog de Hu Guan
Avec Black Dog, Hu Guan livre un film d’une grande beauté plastique, porté par une mise en scène contemplative. Derrière son récit minimaliste, le film interroge la solitude et la marginalité dans une Chine en pleine mutation. La puissance plastique impressionne, encore plus lorsque deux morceaux de Pink Floyd échappés de The Wall, « Mother » et « Hey You », propulsent le film en envolée lyrique quasi cosmique. Vous l'aurez compris : sous ses faux airs de western à la Mad Max, Black Dog se révèle tout simplement HYP-NO-TI-QUE.

6. Mektoub My Love : Canto Due de Abdellatif Kechiche
Longtemps attendu, ce second volet confirme l’obsession d’Abdellatif Kechiche pour le désir et le temps qui passe. Entre jeu de dupes et incandescence des désirs, la trilogie sétoise, entamée en 2018, s’achève sur un film de retrouvailles et de surprises, où chaque personnage continue de nous fasciner. Surprenant par sa mesure (le film se révèle extrêmement drôle), Mektoub, My Love : Canto Due mêle naturalisme et beauté crépusculaire, mettant en scène la rencontre entre Amin, jeune scénariste, et un couple de stars hollywoodiennes autour d’un projet de film (un peu trop?) ambitieux. Fidèle à la radicalité de son auteur, le film séduit par sa grâce brute et son intensité, même dans ses imperfections.

5. Sinners de Ryan Coogler
Ryan Coogler signe ici son film le plus personnel. Sinners rend hommage à la culture et à la mémoire de la communauté noire américaine, tout en interrogeant la notion de culpabilité collective. Un film puissant et profondément humain, où Coogler mêle habilement émotion et réflexion dans une mise en scène sobre mais intense qui résonne longtemps après le visionnage. Et que dire de cette BO légendaire aux accents jazz, blues et soul, qui compte parmi les plus enivrantes de l'année ? On oublie par ailleurs souvent que le contrat de Coogler pour Sinners, qui lui a permis de conserver le final cut, est exceptionnel pour ce type d’œuvre et pourrait ouvrir la voie à davantage de liberté pour d’autres réalisateurs hollywoodiens. Un véritable privilège pour le cinéma de genre, et ça, on valide totalement.

4. La Pampa de Antoine Chevrollier
Chronique sociale tendue, La Pampa capte une jeunesse à l’arrêt, coincée entre héritage rural et absence de perspectives. Antoine Chevrollier impressionne par la précision de son regard et la justesse de ses personnages. Chaque plan témoigne d’une observation rigoureuse de la vie quotidienne, transformant la routine en drame poignant. Les interactions entre les personnages, parfois silencieuses mais toujours révélatrices, touchent par leur authenticité. Le film offre ainsi un portrait subtil et profond d’une génération en quête de repères, et s’impose comme le symbole d’une France de 2025 traversée par le doute et le déclassement social.

3. Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Paul Thomas Anderson dresse un portrait vertigineux d’une Amérique fracturée, gangrenée par les fantasmes de grandeur et les dérives idéologiques. À travers des trajectoires intimes, il raconte un pays en guerre contre lui-même. Et il fallait bien le talent d'Anderson pour créer un tel récit mêlant ampleur narrative et finesse psychologique, donnant à chaque personnage une dimension épique et intime. Dense, politique, magistral. Bref, une expérience cinématographique inoubliable. Et vous n’êtes pas prêts d’oublier cette scène de course-poursuite dans le désert, d’une virtuosité spectaculaire, déjà entrée au panthéon du genre.

2. Sirat de Olivier Laxe
Avec Sirat, Olivier Laxe poursuit son exploration mystique du monde et des corps en mouvement. Film sensoriel et radical, il convoque la spiritualité, l’exil et la foi dans une mise en scène d’une puissance rare. Laxe transforme chaque geste et chaque paysage en symbole, mêlant contemplation et tension dramatique. La puissance visuelle et sonore du film transporte le spectateur dans un voyage intérieur profond et universel. Une expérience de cinéma totale et sans conteste l'un des films les plus marquants de l'année.

1. The Brutalist de Brady Corbet
Fresque monumentale et vertigineuse, The Brutalist s’impose comme LE grand film de l’année. Brady Corbet y interroge l’architecture, le pouvoir et la mémoire du XXe siècle à travers une mise en scène d’une ambition folle. Un film-monde, exigeant et inoubliable qui, même avec ses 3h34, reste captivant (l’entracte offrant juste le temps de reprendre son souffle avant de replonger dans le récit). Corbet signe ici une œuvre de référence, qui (on prend les paris) marquera durablement le cinéma contemporain de par son audace et sa vision unique.

