Le 25 mai dernier, Georges Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, était tué au cours de son arrestation par un policier blanc qui a appuyé son genou sur sa gorge pendant 8 minutes et 46 secondes. Son décès a déclenché des hommages dans le monde entier ainsi que des protestations contre les violences policières. Partout, des centaines de milliers de personnes ont manifesté, redonnant voix au mouvement Black Lives Matter ("les vies noires comptent"). Cette réoccupation de l'espace public pose aujourd'hui la question de plusieurs statues de figures politiques et militaires ayant acquis pouvoir et privilèges par l'esclavagisme.
À Bruxelles, Londres, Bristol et Oxford, marchands d'esclaves et colonialistes déchus
La toute première statue à avoir été vandalisée est située à Tervuren près de Bruxelles, en Belgique, ou un buste de l'ex-roi Belge Léopold II a été recouvert de peinture rouge ce jeudi 4 juin. La statue, située dans le parc du Musée royal de l'Afrique centrale, s'est également vue estampillée d'un "FDP" (fils de pute) tagué sous l'un des personnages les plus importants de la colonisation de la République Démocratique du Congo. La statue a été retirée depuis.
#Antwerp authorities have removed a statue of colonial Belgian King Leopold II after the weekend’s #BlackLivesMatter protest. The campaign to remove all of them continues. #DRC #KingLeopoldII #Belgium pic.twitter.com/7Io5uAfcMK
— Jack Parrock (@jackeparrock) June 9, 2020
Ce dimanche 7 juin, 10 000 manifestants antiracistes s'étaient rassemblés à Bristol, dans le sud-est de l'Angleterre. Parmi eux, un groupe s'est attelé à déboulonner la statue en bronze d'Edward Colston, un marchand d'esclaves qui aurait vendu près de 100 000 individus d'Afrique de l'Ouest dans les Caraïbes et aux Amériques entre 1672 et 1689. Si la statue suscitait la controverse depuis plusieurs années, l'affaire est désormais réglée puisqu'après l'avoir déboulonnée, la statue a été aspergée de peinture rouge puis traînée par les manifestants dans la rivière Avon.
Anti-racism protesters tore down and threw a bronze statue of 17th century slave trader Edward Colston into a river in Bristol, England on Sunday as thousands demonstrated across the UK over George Floyd's death https://t.co/aWXfAaMujd pic.twitter.com/1ZLwYdOjU3
— CBS News (@CBSNews) June 8, 2020
Au Royaume-Uni toujours, à Oxford, des milliers de militants antiracistes se sont rassemblés le soir de ce mardi 9 juin au pied d'une statue de Cecil Rhodes. Pour résumer le personnage, Rhodes est le fondateur de la British South Africa Company (dont le but était la colonisation et l’exploitation économique des territoires situés au Nord-Est de l'Afrique du Sud) et Premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du Sud de 1890 à 1896. Une autre statue de Cecil Rhodes déclenchait déjà les foudres en 2015 et a engendré le mouvement Rhodes must fall ("Rhodes doit tomber") à l'université du Cap, en Afrique du Sud, où plusieurs étudiants et membres du personnel s'étaient rassemblés pour dénoncer le racisme institutionnel de l'université.
À Londres, toujours le mardi 9 juin, cette fois dans le quartier des Docklands, un engin de chantier a délogé la statue du marchand esclavagiste Robert Milligan, sous les applaudissements de la foule, comme on le voit sur une vidéo postée sur Twitter par le conseil de Tower Hamlets. À Parliament Square, la statue de Winston Churchill, ancien Premier ministre conservateur britannique, a été taguée : "Winston Churchill was a racist" ("Winston Churchill était un raciste") pouvait-on lire sur le socle.
Tonight, we have removed the statue of slave trader Robert Milligan that previously stood at West India Quay. We have also announced a review into monuments and other sites in our borough to understand how we should represent the more troubling periods in our history. pic.twitter.com/Thfz3UHU96
— Tower Hamlets Council (@TowerHamletsNow) June 9, 2020
Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a assuré "comprendre" les manifestants indignés par la mort de George Floyd, ayant « réveillé une colère et un sentiment indéniable d'injustice ». Il a aussi condamné les attaques envers la police et les actes de vandalisme dans un tweet, arguant que « ces manifestations ont été subverties par la brutalité - et elles trahissent la cause qu'elles prétendent servir. »