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[ENQUÊTE] Les ateliers artisanaux, une activité de partage en pleine expansion

Publié le 9 avril 2024 à 09h55

Modifié le 9 avril 2024 à 18h11

par Lucie Guerra

Des outils sont dispersés sur la table en bois massif qui trône au centre de la pièce. Lorsque l’on passe la porte, l’odeur du cuir s’empare immédiatement de nos narines. Ici et là, des échantillons, des prototypes en cours de réalisation et des sacs en cuir habillent les murs, les meubles et la vitrine. Alors que Joshua, stagiaire, s’attèle à la fabrication d’une pièce de petite maroquinerie, Tiffanny Maquin-Roy, maroquinière reconvertie, organise les prochains ateliers créatifs qu’elle animera. Depuis 2020, l’artisane a installé les locaux de L’Atelier, rue Lucien-Sampaix, dans le 10e. Un lieu où celle qui se qualifie « d’artiste dans l’âme » laisse libre cours à sa créativité et transmet ses connaissances et techniques de couture sellier, désormais rarement enseignées. Un lieu où elle s’adonne quotidiennement à ce métier qui la fait vibrer, après avoir passé 20 ans comme salariée dans le monde du digital.

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Comme Tiffanny, bon nombre de Français·es ont fait le choix de changer de profession pour se tourner vers des métiers manuels et ainsi faire renaître l’artisanat d’art. Selon l’Insee, le nombre d’entreprises artisanales a augmenté de 11,3 % entre 2013 et 2014, pour atteindre 1,2 millions. En 2017, ce nombre s’élève à 1,5 millions et selon les données des Chambres de Métiers et de l’Artisanat, la France compte actuellement 1,9 millions d’entreprises artisanales, tous secteurs confondus – alimentaire, bâtiment, production, services –, dont 60 000 exclusivement dédiées aux métiers d’art. L’artisanat connaît donc une croissance épatante, des années après avoir été partiellement délaissé au profit des nouvelles technologies, de la numérisation et de l’intelligence artificielle. Qui sont ces artisans 2.0 et comment insufflent-ils un vent de modernité à ces professions d’antan ?


Un nouveau souffle après la pandémie de Covid-19

Céramiste, tailleur de pierre, souffleur de verre, maroquinier, ébéniste... Face aux modèles de pensée classiques qui mesurent le succès d’une personne par rapport à son diplôme, les mentalités évoluent pour laisser place à l’écoute de soi et de ses envies. « Je viens d’une famille très traditionnelle où il fallait faire des études supérieures pour devenir médecin ou avocat, alors j’ai fait un double diplôme commerce-ingénieur. Mais j’ai vite compris que j’avais besoin de créativité, pas d’être devant un bureau. J’adore passer de l’idée à l’objet, je savais qu’avec la céramique, je serais plus libre », explique Anne Loquineau, jeune céramiste. Nouvelles techniques, nouvelles influences, cette génération de nouveaux artisans s’empare des pratiques anciennes pour y apporter un vent de modernité. D’après l’Onisep, plus de 1000 établissements sont accessibles pour se former en France à 281 métiers d’art. « Les gens s’y intéressent, les cours et les formations sont pleins, ça n’était jamais arrivé auparavant », constate-t-elle. Généralement plutôt masculins, ces métiers connaissent également une féminisation progressive. Sur les 3,1 millions d’artisan·es comptabilisé·es par les Chambres de Métiers et de l’Artisanat, 23 % sont des femmes.

Si l’artisanat d’art connaît un véritable regain depuis ces dix dernières années, c’est à partir de 2020 – au moment de la pandémie de Covid-19 – qu’il a réellement connu son apogée. La crise sanitaire a en effet marqué un véritable tournant pour les disciplines manuelles et artistiques. Valeurs, éthique de vie et habitudes de consommation évoluent au fil des confinements successifs. Chez eux, les gens s’essayent aux loisirs créatifs divers et variés. Pour certains, de véritables vocations professionnelles se révèlent. Les reconversions s’enclenchent : « En CAP, on retrouve des trentenaires, quarantenaires, dégoûtés par le monde du travail en entreprise mais qui ont toujours eu une fibre artistique ». Pour d’autres, c’est la découverte d’un loisir, d’un moyen de « faire soi-même ces choses que l’on achetait autrefois sans trop réfléchir », développe Ana Bravo, elle aussi céramiste.


Allier rencontre, créativité et transmission de savoirs

Si la tendance est au fait-main et fait-maison, une dynamique autour des ateliers artisanaux s’enclenche pour s’essayer à des disciplines plus complexes et méthodiques. Se déroulant sur plusieurs heures, ils permettent aux fins connaisseurs comme aux novices de s’essayer à différentes formes d’artisanat d’art, seul·es ou en groupe, aux côtés d’un·e artisan·e professionnel·le. Pour Jacob, informaticien de 23 ans, c’est sur la céramique que le choix se porte : « J’aime l’aspect naturel de l’argile et c’est toujours satisfaisant d’apprendre une nouvelle discipline. L’exploration créative n’a pas de limite, c’est ce qui la rend si addictive. » Team buildings, sortie entre amoureux·ses, EVJF ou EVG... Plus qu’un loisir que l’on s’accorderait à soi-même, les ateliers manuels et créatifs deviennent une activité de partage, le cadeau idéal à offrir pour passer un moment mémorable à plusieurs.


©Wecandoo

Pour répondre aux demandes du grand public, des sites comme Wecandoo se développent avec pour objectif de revaloriser l’artisanat et le contact humain. « C’est agréable de suivre le parcours de quelqu’un, de voir son évolution au fil de l’apprentissage de plusieurs techniques », confie Ana, qui propose ses ateliers sur la plateforme, tout comme Anne et Tiffanny. Bâtie en 2017 par Edouard Eyglunent, Grégoire Hugon et Arnaud Tiret, le site répertorie plus de de 3000 artisan·es et 6 000 ateliers aux styles variables et dans toute la France, cinq ans après sa création. Ses plus grands succès ? L’initiation au tour de potier, la fabrication de son propre parfum, le brassage de bière ou encore la forge d’un couteau.


Transmettre son savoir et s’assurer une sécurité

« La passion, c’est ce qui compte le plus », affirme Ana. Si comme ses deux consœurs la Brésilienne d’origine s’est lancée dans l’enseignement de sa discipline, c’était dans le but de transmettre ses connaissances, certes, mais également d’obtenir un complément de revenus. « La liberté et l’indépendance que l’on a sont chouettes, mais il faut être bien organisé·e », ajoute-t-elle. Boutiques, sites web, marchés de créateurs... Le constat est sans appel : malgré une présence accrue et la multiplication des points de distribution, vivre exclusivement de la vente de ses pièces est parfois difficilement envisageable pour les artisan·es. « Il faut être conscient que si l’on veut bien gagner sa vie, il faut rester dans un métier plus classique », complète Ana. Grâce à la plateforme Wecandoo, 800€ sont en moyenne versés mensuellement à chaque artisan·e, ce qui leur permet une certaine garantie de revenus.

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Artisan·e, professeur·e... Pour qu’une société artisanale soit pérenne de nos jours, il faut savoir multiplier les casquettes pour également devenir chef·fe d’entreprise, chargé·e de communication, comptable ou encore créateur·rice de contenu. Bien que Wecandoo leur permette de toucher une clientèle plus large, avec une moyenne d’âge plus élevée, le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux jouent également un rôle-clé pour renforcer leur notoriété. « J’adorerais ne travailler que sur mes pièces, mais il me faut aussi gagner en visibilité sur les réseaux », précise Anne. Pour se démarquer des plus de 250 artisan·es proposant des ateliers à Paris, il faut savoir innover, proposer quelque chose d’original et être compétitif en termes de prix. Un challenge de tous les jours mais que les trois artisanes sont prêtes à relever sans vouloir faire machine arrière : « Voir le sourire et la détente sur le visage des client·es, ça ne me donne pas envie de faire autre chose », termine Tiffanny.


Plus aller plus loin :

- Histoires d’Artisans, un podcast de Lisa Millet
- L’artisanat, une nouvelle tendance ?, un reportage Arte
- Ce que sait la main : la culture de l’artisanat, Richard Sennett, aux éditions Albin Michel

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5 bonnes raisons de visiter Orléans, joyau de la Loire, au printemps

Publié aujourd'hui à 15h00

par Auriane Camus

À seulement une heure de Paris, Orléans est une ville surprenante qui séduit par ses ruelles pavées chargées d’histoire et son cadre de vie agréable entre ville et nature. Capitale emblématique du Val de Loire, elle a su se réinventer tout en mettant en valeur son riche patrimoine, attirant à la fois les amateurs de culture, de gastronomie et de nature. Entre balades au fil du fleuve, découvertes culturelles et pauses gourmandes, la cité johannique regorge de trésors à explorer. Voici une sélection incontournable pour profiter pleinement de votre passage !


1. La nature au cœur de la ville

Avec le retour des beaux jours, Orléans et sa région se transforment en véritable éden vert ! C'est bien simple, c'est LA ville nature à ne pas manquer. Et la bonne nouvelle c’est que vous n’aurez pas besoin d’aller bien loin pour profiter de la nature luxuriante. Pour une excursion bucolique, rendez-vous sur la Promenade des moulins d’Olivet, où vous ferez la rencontre d’une multitude d'anciens moulins, de propriétés bourgeoises avec leurs gares à bateaux typiques, sans oublier la faune environnante ! Cap également sur le village de Combleux, charmant petit coin de paradis entre canal et bords de Loire. Enfin, le Parc Floral de la Source, véritable havre de biodiversité, vaut également le détour avec ses serres exotiques (dont une serre aux papillons), son jardin d’iris et ses flamants roses.


Promenade des Moulins à Olivet © Ludovic Letot

À une demi-heure en voiture d’Orléans, les amoureux de botanique pourront également explorer les jardins de Roquelin, célèbres pour leurs centaines de variétés de roses anciennes, ou encore l’arboretum des Grandes Bruyères, situé au cœur de la Forêt d'Orléans. Et pour une expérience hors du commun, pourquoi ne pas prendre de la hauteur avec un vol en montgolfière ? Les Ballons de Loire vous embarquent pour un vol au-dessus de ce fleuve sauvage qui coule au milieu de la ville. Un voyage à couper le souffle !  


2. Une gastronomie locale savoureuse

Orléans est un repère de choix pour les gourmands. Les amateurs de douceurs peuvent pousser la porte des chocolateries locales, comme Sébastien Papion (et sa fameuse Papionella® enviée par tous ceux qui ont eu l’occasion de la goûter) ou encore la Chocolaterie Royale qui occupe les arcades de la rue Royale depuis 1760. Vous pourrez également découvrir le fameux Cotignac, une confiserie à base de gelée de coings confectionnée depuis des siècles à Orléans, à la boutique de l'Office de Tourisme.


Chocolaterie Royale à Orléans © Ludovic Letot

Côté restaurant, vous aurez de quoi vous régaler : on pense par exemple à des tables raffinées comme le Lift, un restaurant située sur les hauteurs du jardin de la Charpenterie avec une panoramique sur la Loire, ou encore le Pavillon Bleu à Olivet ; mais aussi à des adresses plus accessibles comme Gioia ou Gric, vainqueur au championnats du monde de l'oeuf mayo en 2024. Pour ceux qui sont prêts à s’aventurer un peu plus loin, La Table d'à Côté à Ardon (1 étoile Michelin) vaut le détour. Au programme : une cuisine raffinée et de saison qui met à l’honneur les produits locaux comme le gibier de Sologne ou les poissons de Loire ainsi que ses propres légumes issus de son potager.


Boutique de l'usine Martin Pouret à Boigny-sur-Bionne © Ludovic Letot

Et si Orléans n'a pas son propre plat typique comme Marseille a sa bouillabaisse, elle a tout de même une spécialité qui fait sa renommée : le vinaigre d'Orléans. On peut d'ailleurs visiter la maison Martin Pouret, véritable institution qui perpétue un savoir-faire unique, grâce à des visites organisées par l’Office de tourisme chaque mois. Après avoir découvert toute l'histoire et les secrets de la production de ce nectar savoureux, vous pourrez profiter d’une dégustation des produits emblématiques de Martin Pouret et même repartir avec quelques souvenirs à ramener chez vous en passant par la boutique !


3. Un patrimoine riche et fascinant

Orléans est une ville d’art et d’histoire où chaque rue révèle un pan du passé. Les maisons à pans de bois du centre historique, notamment autour de la Place du Châtelet, offrent un voyage dans le temps saisissant. Si vous voulez en apprendre plus sur toute l’histoire patrimoniale d’Orléans, l’Office du Tourisme propose également des visites guidées incontournables comme « Orléans de Haut en Bas », qui vous permettra d’explorer la ville sous toutes ses coutures. Après avoir emprunté les escaliers secrets de la Cathédrale Sainte-Croix, éclairés par le savoir d’un guide-conférencier infaillible sur l’histoire de la cité johannique, vous pourrez admirer la ville et sa région à plus de 80 km à la ronde avant de descendre dans les sous-sols d’Orléans avec la visite d’une crypte vieille de plus de 1000 ans.


Visite du toit de la Cathédrale Saint-Croix à Orléans © Ludovic Letot

Mais ce n’est pas tout ! Si l’art urbain vous intéresse, vous pouvez aussi déambuler dans les rues de la ville à la découverte du street-art orléanais avec la visite guidée « La street art à Orléans », ou encore vous offrir une véritable immersion artistique au >Musée des Beaux-Arts, qui expose une collection impressionnante de plus de 2000 peintures et 700 sculptures, du XVe au XXe siècle.


4. Explorer la Loire autrement

La Loire, majestueuse et sauvage, se prête à de nombreuses activités aussi bien fluviales que terrestres ! Bien évidemment, une multitude de balades en bateau traditionnel, les toues, s’offrent aux amateurs de navigation. Vous pouvez par exemple profiter d’une promenade gourmande avec brunch sur le CabochéR ou encore d’un apéritif au coucher de soleil avec Escapades Ligériennes. Pour une expérience plus immersive, on mise sur un canoë-bivouac avec Aventure Outdoor, histoire de passer une nuit sous les étoiles au fil de l'eau.


Balade en bateau avec Escapades Ligériennes à Combleux © Ludovic Letot

Les passionnés de cyclisme pourront parcourir La Loire à Vélo, qui célèbre cette année ses 20 ans. Au programme : plus de 900 km de voies cyclables pour longer la Loire, avec une sélection d’activités et d’adresses où faire un stop pour se restauraurer et profiter. Et enfin, pour une ambiance plus festive, les guinguettes de la métropole comme Le Ponton à Orléans ou La Bamboche à Olivet, sans oublier l'Inexplosible, bar flottant sur la Loire, promettent de belles soirées au bord de l’eau.


5. Orléans, porte d'entrée des châteaux de la Loire

Saviez-vous que c’est aux portes d’Orléans que s’étendent les premiers châteaux de la Loire ? Pour une excursion à moins de 30 minutes de la métropole, le Château de la Ferté Saint-Aubin régale petits et grands avec ses escape games et ses animations aussi gourmandes que féeriques. Non loin de là, le Château de Meung-sur-Loire vous invite à explorer ses sous-sols à la rencontre du Dragon de St Liphard, tandis que celui de Chamerolles vous plonge dans l’histoire du parfum avec une promenade olfactive unique.


Château de La Ferté Saint-Aubin vu du ciel © Lezbroz

Pour une expérience immersive, le château de Beaugency accueille depuis 2021 un centre d’art numérique, et propose ainsi un parcours d'œuvres à la fois digitales et physiques, mettant en valeur l’architecture médiévale et Renaissance du château. Enfin, pour en apprendre plus sur l’histoire résistante de la région, rendez-vous à Cléry-Saint-André pour un spectacle son et lumière épatant de 2h sur les combattants de l’ombre qui ont permis la libération de la France. 


Infos pratiques

Où loger ?

Pour un séjour tout confort, direction la Villa Dunois, chambre et table d’hôte de charme en plein cœur d’Orléans, ou le Château du Rondon à Olivet, avec son architecture d’époque et sa vue directe sur les bords du Loiret. Envie d’une expérience plus insolite ? Les Tiny House Parenthèse situées en plein cœur de la forêt d'Orléans offrent une immersion en pleine nature, et même un spa privatif pour se relaxer à la belle étoile.


Tiny house Parenthèse © Bestjobers


Où réserver vos activités ?

Une question ? Une visite guidée ? Un souvenir à acheter ? Direction les locaux de l’Office de Tourisme d’Orléans, situé sur la célèbre place du Martroi (où trône la statue de Jeanne d’Arc), ou bien sur leur site internet. Ici, vous pourrez réserver une visite guidée, louer un vélo, obtenir des informations sur les différents lieux à visiter ou encore faire un tour dans la boutique de l’Office qui regorge de trésors locaux.


Office de tourisme Orléans Val de Loire Tourisme © Ludovic Letot

L’Office de Tourisme propose également un Citypass accessible à partir de 24€ pour 24h à 72h, et qui vous permettra de découvrir tous les incontournables de la métropole facilement. Musées, visites guidées, accès au parc floral, balade sur la Loire… Tout est inclus ! Et pour une immersion totale dans l’univers des châteaux du Val de Loire, optez pour le pass Châteaux qui vous donne accès à différents monuments comme le domaine de Chambord, le château de Cheverny ou encore le château royal de Blois à partir de 28,50€ par personne.


Comment y aller ?

Orléans est facilement accessible en train depuis Paris en 1h, à raison d’une vingtaine de trains par jour. Si vous prévoyez de visiter les châteaux alentours, la voiture reste néanmoins la meilleure option pour plus de flexibilité. Comptez 1h30 à 2h depuis Paris via l’autoroute A10.

Plus d'infos sur le site d'Orléans Val de Loire Tourisme - Office de Tourisme d'Orléans Métropole


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