Vous l'avez sûrement parmi vos "contacts" (mot qu'on emploie pour désigner quelqu'un qu'on a connu à un moment donné sans qu'il soit véritablement un ami ou un collègue, et qu'on a donc souvent une légère tendance à mépriser en toute quiétude), ce type ou cette meuf qui inonde votre feed de sa plénitude et de ses messages positifs. Ouais, eh ben qu'il ou elle la ferme un peu, ne serait-ce que pour voir comment ça fait.
C'est vrai c'est fatigant à la fin. Vous êtes heureux et votre vie se déroule comme vous en aviez toujours rêvé ? Eh bien c'est parfait, on est vraiment ravis pour vous, sincèrement, par contre vos conseils pour que nous aussi on ait la chance d'accéder à votre degré de plénitude, durement acquis au cours d'une existence trépidante et aventureuse passée entre rooftops fancy et festivals onéreux, vous pouvez vous les mettre directement dans les fesses, un endroit lui aussi béni d'où sortent – on l'imagine aisément au regard de votre compte instagram – des étrons d'or.
Alors, qu'est-ce qui nous dérange exactement, puisqu'après tout ces personnes rayonnantes et bien intentionnées ne peuvent a priori que nous rendre la vie plus belle ? Difficile à dire, mais ça tient probablement à quelque chose qui s'approche de la haine de la bêtise. Est-ce que cela revient à dire que tous les prêcheurs de bonheur sont des crétins, et qu'on les déteste parce qu'ils parasitent notre vision idéale d'un monde peuplé par des gens dépourvus de cette mièvrerie dégoûtante si pregnante chez les bas du front ? Plus ou moins, mais plutôt plus que moins.
Comme on est bien éduqués, et qu'on a même un bon fond qui nous empêche malheureusement de faire souffrir ceux qui ne le méritent pas (vraiment), on n'a jamais osé faire remarquer à ces "contacts" qu'on s'en battait totalement les reins de leur bonheur infini et de leurs conseils bien-être en carton. Je me fais donc, ici et maintenant, le héraut de vos comments avortés, vous les aigris, vous les haineux qui, comme moi, n'en pouvez définitivement plus de tous ces imbéciles heureux qui pourrissent votre mur en enfonçant porte ouverte sur porte ouverte à coups de « merci à la vie » et de « l'amour est le plus beau des cadeaux » : allez crever putain ! Personne ne suit vos conseils piochés sur petitbambou.com, et vos photos aux sourires radieux ne nous inspirent que le mépris le plus profond. Votre projet c'est quoi exactement ? Vous persuader que vous êtes heureux en gravant ce « moment hors du temps » dans la roche d'Instagram ? Gravez-le plutôt dans votre cerveau, si vous parvenez à le trouver...
Et si d'aventure il s'agissait vraiment pour vous de « propager la joie » autour de vous, engagez-vous dans quelque chose de concret dont les actions se mesurent autrement qu'au nombre de likes ou de cœurs obtenus sur la toile. Une association caritative ou humanitaire, la politique si vous en avez le courage, ou même une initiative perso, mais pas un putain de vide-dressing bio, ça compte pas du tout ça. Voilà, ça c'est mon conseil pour améliorer la vie des autres plus que la vôtre, bordel.
Bisous à tous, et n'oubliez pas, « la vie est un cadeau ». Su–per.